| Les vacances sont l'une des institutions les plus précieuses de notre civilisation. Elles permettent à tout un peuple d'évacuer les toxines engendrées par une année de labeur ; elles forment l'esprit des citoyens en leur permettant la visite des terres lointaines, l'apprentissage de coutumes étrangères et l'accoutumance à la gastronomie exotique ; et surtout, surtout elles permettent à la rédaction de Spirou de bénéficier de l'absence de Gaston. Car Gaston nous a quittés pour un certain temps, et vous ne vous rendez pas compte combien le travail en a été facilité. Il faut dire qu'il s'y préparait depuis pas mal de temps, à ses vacances, et qu'il nous avait assez rebattu les oreilles de la vie idyllique qu'il comptait mener à Conques-les-Méduses, la plage snob à la mode (pourquoi il a choisi cette villégiature réservée à la gentry restera toujours l'un des mystères de la Création). Il avait notamment inventé un système permettant de cumuler le ski nautique et la chasse sous-marine. Il avait adapté des sortes de harpons à la face inférieure de planches recourbées, et il se faisait fort de ramener de la friture de chacune de ses promenades sur l'eau. Malheureusement, comme il avait attaché ses skis-harpons sur le toit de sa voiture pour venir nous les montrer, et comme ses freins ne fonctionnent pas très bien, il a eu de petits ennuis avec le brigadier Longtarin, qui assurait la circulation à un carrefour et ne pourra plus s'asseoir pendant un certain temps. Les skis, considérés comme ornements dangereux, ont été confisqués par la Préfecture. - Alors, nous disait Gaston, une autre chose que j'ai faite, c'est fermer mon bureau à clé. Tu sais bien comme Il est, Fantasio il profite toujours de ce qu'on n'est pas là pour remettre de l'ordre, et quand on revient, on ne retrouve plus rien. Bon, il faut que je vous quitte, parce que je voudrais arriver à la mer demain soir au plus tard et je dois encore passer chez ma tante pour lui amener une douzaine de vrais camemberts du Cantal qu'on vend à la crémerie en face de chez moi... C'est avant-hier que Gaston est parti. Sa tante ne recevra probablement jamais les camemberts que Gaston oublia dans son bureau. Et il n'y a pas moyen d'enfoncer cette stupide porte... © texte d'Yvan Delporte, paru dans Spirou 1528 |